Vincent Touraine : Bonjour à toutes et à tous, bienvenue à l'IPEM Wealth 2025 ici à Cannes pour un tour d'horizon des dernières tendances sur le marché des actifs privés. Quelles en sont les perspectives pour 2025 ? Qu'est-ce qui participe à sa démocratisation ? C'est le grand thème du moment. Pour en parler, notre invité est Philippe Faget, responsable des actifs privés de VEGA Investment Solutions, qui est une filiale de Natixis Investment Managers. Merci beaucoup d'être avec nous.
Tout d'abord, est-ce que vous pouvez nous rappeler qui est VEGA IS ? Vous avez récemment changé de nom, je crois.
Philippe Faget : Oui, tout à fait. Donc VEGA Investment Solutions, c'est le nouveau nom de cette entité depuis le 1er janvier 2025. En fait, cette entité regroupe la société de gestion historique qui s'appelle VEGA Investment Managers avec des divisions et des activités de gestion et commerciales de Natixis Investment Managers. Voilà, le nouveau nom est là depuis début janvier. On gère un peu plus de €70 milliards, aussi bien sur des solutions en non coté que sur des solutions cotées, notamment sur des actions européennes, sur de la diversification et sur de l'obligataire.
VT : Justement, que proposez-vous dans le non coté ? Quelles sont vos solutions, vos expertises ?
PF : Oui, dans le non coté, ça fait déjà un petit bout de temps qu'on travaille sur ce sujet, notamment sur des fonds Evergreen et sur la démocratisation du non coté. Donc je crois qu'on est en plein lors de cette IPEM. Cela fait plusieurs années qu'on a développé des solutions liquides et illiquides en épargne salariale pour permettre au plus grand nombre d'employés, dans le cadre de leur plan épargne retraite, d'accéder à ces classes d'actifs nouvelles. On travaille aussi avec des assureurs, où on les conseille dans leur allocation et leur sélection de fonds pour répondre à la loi industrie verte, qui est toute récente et qui impose maintenant un pourcentage de non coté. Et on va lancer d'ici quelques semaines un fonds multi-actifs privés Evergreen en ELTIF 2.0, qui permettra à la population, notamment aux wealth managers et CGP, d'accéder à un fonds diversifiant en actifs non cotés.
VT : Alors, comme vous avez une vision globale des choses, pouvez-vous nous donner vos perspectives pour les grandes classes d'actifs privés en 2025 ? Comment ça se présente ?
PF : Oui, donc 2025 se présente comme une année très intéressante d'un point de vue macroéconomique déjà. Donc on a une croissance qui se stabilise, mais à des niveaux un petit peu plus inférieurs. En termes de politique monétaire, le chemin vers une baisse de taux est en train de se mettre en place. Cela va donner un petit peu de bouffée d'air sur certaines classes d'actifs. Normalement ça devrait aller mieux. On le voit déjà notamment sur le private equity, où les sorties avaient été un petit peu difficiles lors de ces dernières années. Donc là, on voit d'ores et déjà que le marché redémarre. On voit à côté que des classes d'actifs comme la dette privée et l'infrastructure continuent à jouer des rôles très intéressants dans ces moments-là, et on voit un redémarrage de la partie immobilier et sûrement de belles opportunités à venir dans les prochains mois.
VT : D'accord. Alors, on entend beaucoup parler de démocratisation, c'est le grand thème, la démocratisation du non coté en Europe et en France. Qu'en est-il exactement et est-ce que c'est une bonne chose pour le secteur ?
PF : Oui, c'est une très bonne chose. C'est déjà une très bonne chose pour le secteur financier, parce que ça va permettre d'ouvrir des actifs non cotés à tout un type de clientèle qui n'était pas forcément facile d'accès auparavant. Ça va être surtout une très bonne chose aussi pour l'économie, de pouvoir avoir tout cet argent pour financer l'économie réelle et les grandes ambitions en termes de transition énergétique et notamment ESG sur ces sujets-là. Et surtout, c'est une très bonne chose pour l'investisseur, qui va enfin pouvoir accéder à ces classes d'actifs qui sont très intéressantes en termes de moteur de performance et de moteur de risque à avoir dans des portefeuilles, et auxquels il n'avait pas forcément accès auparavant parce que les tickets d'entrée étaient peut-être un petit peu trop élevés. Il y avait aussi toute une partie pédagogie qui devait être faite dessus. Donc ça va dans le bon sens sur cette classe d'actifs.
VT : Quand je vous demande si c'est une bonne chose, est-ce que trop de démocratisation ne tue pas la démocratisation ? Parce qu'il y a beaucoup de nouveaux entrants. Est-ce qu'on ne s'emballe pas un petit peu ?
PF : C'est vrai que c'est la grande thématique du moment et le sujet un petit peu à la mode. Donc nous, c'est vrai qu'on l’aborde d'une manière la plus diversifiée possible. Donc c'est vrai que pour rentrer sur la classe du non coté, nous recommandons d'être très diversifiés en termes de classes d'actifs. Donc avoir par exemple des produits qui mélangent différentes classes d'actifs de non coté entre elles : du private equity, de la dette privée, de l'immobilier, de l'infrastructure. Mélanger aussi des gérants, des secteurs, des zones géographiques pour créer des portefeuilles diversifiés qui peuvent, à travers le cycle économique, évoluer et permettre d'accéder aux meilleures opportunités.
VT : Alors comment est-ce que vous naviguez chez VEGA IS justement entre les différentes classes d'actifs privés dans lesquelles vous investissez ?
PF : Oui, mais cela est vraiment au cœur de notre ADN, parce que nous sommes des allocataires d'actifs et des sélectionneurs de fonds. Donc en permanence, nous nous posons la question de comment est l'économie aujourd'hui et comment va-t-elle évoluer. Et en fonction de ça, nos recherches ont indiqué qu'il y a une sensibilité des différentes classes d'actifs de non coté au cycle économique. Donc en fonction de nos vues sur le cycle économique, nous allons construire des portefeuilles qui vont s'adapter en fonction de l'évolution de ces différentes mesures afin d'avoir au final des portefeuilles diversifiés et assez robustes pour passer des dizaines d'années.
VT : Alors, quelle est votre allocation du moment, compte tenu du contexte macroéconomique ?
PF : Aujourd'hui, on est resté très pondérés sur le private equity, principalement le private equity mature, donc sur du LBO. On aime beaucoup tout ce qui est mid cap dans le private equity et tout ce qui est opérations de secondaire. L'immobilier, on était restés un petit peu en retrait dans un environnement de taux d'intérêt très élevé, mais là on voit un nouveau souffle et de belles opportunités, notamment ça peut être sur des secteurs de logistique qui sont très intéressants. Et tout ce qui est dette privée, c'est quelque chose qu'on apprécie beaucoup de par ses caractéristiques et la gestion du risque de crédit avec des covenants. L'infrastructure est pour nous une classe d'actif essentielle à avoir en fond de portefeuille de par les bénéfices qui vont être importants pour notre société et l'indexation de ces revenus à l'inflation.
VT : Et pour finir, qu'aimeriez-vous dire aux professionnels de la gestion de patrimoine et à leurs clients qui s'intéressent aux fonds Evergreen que vous évoquiez au début ?
Pf : Déjà que c'est une excellente opportunité pour permettre à leurs clients d'accéder enfin à cette classe d'actifs. La dimension liquidité doit être bien prise en compte, donc bien comprendre les produits, bien comprendre comment ils sont structurés et comment la liquidité sur ces types de produits peut être amenée. Parce qu'on ne peut pas faire des produits purs liquides avec des sous-jacents illiquides. Donc cette dimension liquidité est très importante. Et nous, on insiste sur le fait de la diversification, d'être capable de pouvoir investir dans des portefeuilles diversifiés en classes d'actifs de non coté, en sociétés de gestion et en secteurs.